Po?me du jour
Petite Princesse
Cette nuit j'ai fait un songe.
J'ai r?v? d'une petite princesse,
D'un doux petit teint ros?
Si agr?able et si belle ?* regarder.
De ses yeux clairs couleur de vert
Me transportait dans un monde d'univers,
Au chaleureux royaume de son coeur
Pour me faire partager son bonheur.
Si calme et si douce ?* mes c?t?s,
Mon coeur ne fait que chanter
Une douce m?lodie d'amour
Pour conqu?rir son coeur de velours.
Avec son sourire d'ang?lique
Mon r?ve devient magnifique.
De ses douces l?vres j'ai r?v?,
D'un geste tendre elle ma guid?
Pour me donner un doux baiser.
A mon r?veil je m'?merveille
En d?couvrant pr?s de moi
Sa peau douce comme de la soie.
Je r?alise mon bonheur et ma joie
Car cette petite princesse c'est toi.
C' est toi que j'attends
Tous les jours je penses ? toi,
Je n'attends que toi.
Mon coeur crie ? ta pr?sence
Il supplie ne plus avoir ? supporter cette distance.
Ta venue ? transformer ma vie
L'id ?e de te voir est pour ce que je pris.
Mes sentiments est ma seule raison de vivre
Ne laisse pas mon coeur se perdre.
Toutes mes pens?es ne sont que sur toi
Mon imagination t'est consacr?e
Tout se d?taille, pour moi,
Et ton corps s'est dessin? .
Beau comme un couch? de soleil
Gentil comme un ange d'amour
Intelligent c'est tout avec humour
C'est toi que j'attends car tu es encore irr?el.
La Beaut?
Je suis belle, ? mortels ! comme un r?ve de pierre,
Et mon sein, o? chacun s'est meurtri tour ? tour,
Est fait pour inspirer au po?te un amour
Eternel et muet ainsi que la mati?re.
Je tr?ne dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige ? la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui d?place les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les po?tes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'aust?res ?tudes;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clart?s ?ternelles!
Charles Baudelaire, (Les Fleurs du Mal)
SABLE MOUVANT
D?mons et merveilles
Vents et mar?es
Au loin d?j? la mer s'est retir?e
Et toi
Comme une algue doucement caress?e par le vent
Dans les sables du lit tu remues en r?vant
D?mons et merveilles
Vents et mar?es
Au loin d?j? la mer s'est retir?e
Mais dans tes yeux entr'ouverts
Deux petites vagues sont rest?es
D?mons et merveilles
Vents et mar?es
Deux petites vagues pour me noyer
Jacques Pr?vert
Je pense fort ? toi
Quand j'ai du vague ? l'?me
Et que ma joie s'en va
Tout en moi te r?clame
je pense fort ? toi ...!
Lorsque le gris du ciel
D?teint sur mes id?es
Pour recevoir l'arc-en-ciel
Vers toi vont mes pens?es.
S'il pleure dans mon coeur
Et que je broie du noir
Quand demain me fait peur
Te r?ver c'est l'espoir.
Alors je t'imagine
Te voil? devant moi
D'un coup tout s'illumine
que j'ai bien de la chance
De penser fort ? toi
Les promesses d'un visage
J'aime, ? p?le beaut?, tes sourcils surbaiss?s,
D'o? semblent couler des t?n?bres,
Tes yeux, quoique tr?s noirs, m'inspirent des pensers
Qui ne sont pas du tout fun?bres.
Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux,
Avec ta crini?re ?lastique,
Tes yeux, languissamment, me disent : " Si tu veux,
Amant de la muse plastique,
Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excit?,
Et tous les go?ts que tu professes,
Tu pourras constater notre v?racit?
Depuis le nombril jusqu'aux fesses ;
Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
Deux larges m?dailles de bronze,
Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
Bistr? comme la peau d'un bonze,
Une riche toison qui, vraiment, est la soeur
De cette ?norme chevelure,
Souple et fris?e, et qui t'?gale en ?paisseur,
Nuit sans ?toiles, Nuit obscure ! "
Charles Baudelaire
Harmonie du Soir
Voici venir les temps o? vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'?vapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;
Valse m?lancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'?vapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon fr?mit comme un coeur qu'on afflige;
Valse m?lancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon fr?mit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre,qui hait le n?ant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s'est noy? dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre,qui hait le n?ant vaste et noir,
Du pass? lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noy? dans son sang qui se fige ...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
CHARLES BAUDELAIRE
Po?mes extraits des " Fleurs du Mal "
L'Aigle
L'oeil per?ant , le regard pesant,
les griffes ac?r?es, l'aigle nous a impressionn?.
Avec son vol magestueux,
son oeil attentif et mielleux,
Il guette sa proie, un rat aux abois
?puis? par le froid.
Criant, hurlant,
le fugitif s'essoufle en courant.
Il tombe, trop fatigu? pour continuer.
L'aigle va enfin festoyer.
La Fontaine de Sang
Il me semble parfois que mon sang coule ? flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me t?te en vain pour trouver la blessure.
A travers la cit?, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pav?s en ?lots,
D?salt?rant la soif de chaque cr?ature,
Et partout colorant en rouge la nature.
J'ai demand? souvent ? des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine;
Le vin rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine!
J'ai cherch? dans l'amour un sommeil oublieux;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner ? boire ? ces cruelles filles!
Charles Baudelaire
Que serais-je sans toi ?
Que serais-je sans toi qui vins ? ma rencontre.
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant.
Que cette heure arr?t?e au cadran de la montre.
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.
J'ai tout appris de toi sur les choses humaines.
Et j'ai vu d?sormais le monde ? ta fa?on.
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les ?toiles lointaines.
Comme au passant qui chante, on reprend sa chanson.
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens de frisson.
J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne.
Qu'il fait jour ? midi, qu'un ciel peut ?tre bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne.
Tu m'as pris par la main, dans cet enfer moderne
O? l'homme ne sait plus ce que c'est qu'?tre deux.
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.
Louis Aragon