Tourment
Au dehors la nuit est lasse,
Dans le ciel la lune passe.
Toi si loin je m'amourache,
Peur que je m'attache.
Etoiles du ciel par milliers,
Emmener moi vers ce pilier.
Mon esprit si tourmenter,
Ton visage m'est enchain?.
Penser ? toi tant que mon coeur le d?sir,
R?ve inassouvi, corps en souffrance.
Jour nouveau, triste consolation,
Mes affres peinent ? s'endormir.
La servante au grand coeur
La servante au grand coeur dont vous ?tiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, ?mondeur des vieux arbres,
Son vent m?lancolique ? l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
? dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, d?vor?s de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gel?s travaill?s par le ver,
Ils sentent s'?goutter les neiges de l'hiver
Et le si?cle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent ? leur grille.
Lorsque la b?che siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de d?cembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit ?ternel
Couver l'enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je r?pondre ? cette ?me pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupi?re creuse ?
Charles Baudelaire
Viens ! - une fl?te invisible
Soupire dans les vergers.
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.
Le vent ride, sous l'yeuse,
Le sombre miroir des eaux.
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.
Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous! aimons toujours !
La chanson la plus charmante
Est la chanson des amours.
Victor HUGO
A l'int?rieur, comme au dehors le temps est gris
Dans un ?tau de fer les sentiments sont pris
Avan?ons mon ami, oui, avan?ons sans crainte
Ne laissons pas nos voix pousser la moindre plainte
Par-dessus notre ?paule elle observe sans cesse
La vie qui court et rue, elle observe la messe
Et qu'y pouvons-nous donc, qu'y pouvons-nous ami,
Sinon poser un pas devant un autre, ainsi ?
J'avance sans raison dans les d?dales mous
Des chagrins interdits, avec toi mon ami
Et toi si triste avant m'?claire de partout
Qui saurait bien d?crire en moi ce grand ab?me
Qui s'ouvre chaque fois que mes passions s'animent ?
Je reste au bord, et la vie va, c'est ainsi !
Po?me de Henri Mfumu Zingi
Dans le regard d'un enfant.
J'ai vu des ch?teaux
Des jardins ? la fran?aise
Des bois de c?teaux
De blancs rochers sous la falaise
Dans le regard 'un enfant.
J'ai vu les Champs Elys?es
L'arc de Triomphe de la Tour Eiffel
Le Louvre et la Seine iris?es
Comme un arc-en-ciel.
Dans le regard d'un enfant.
Claude Haller
Tu es le premier amour
Je n'?tais pas celle l?
Pas celle dont tu r?vais toi
J'aurai eu beau chang?
J'ai ce pass?
Il me suit
M?me si souvent je m'enfuis
Il finit par me rattraper
Et par tout g?cher
Tu es mon premier amour
Celui ? qui je penserai toujours
Tu es le premier que j'ai vraiment aim?
Le premier pour qui j'aurai tout donn?
Je m'?tais jur?e
De ne pas tout cass?
Je n'ai eu besoin de rien faire
Tu as voulu changer d'air
Je me suis battue
Nos int?r?ts communs j'ai d?fendus
Cela ne servait plus ? rien
Tu ?tais bien loin
Aujourd'hui encore ?a me blesse
De savoir que cet amour tu laisses
Nous nous voyons
Ensemble nous rions
Mais ce n'est plus comme avant
Tu te r?sumes ? ?tre mon amant
Je voudrai pouvoir tout effacer
Tout recommencer
Pour savoir si nous deux ?a aurait pu marcher
Tu ne veux plus m'aimer
Je ne peux pas te forcer
Pourtant j'aimerai tellement
Qu'ensemble on vive un roman
Une histoire d'amour
Qui durerait toujours
Aujourd'hui tu as fait ta vie
Je ne suis qu'une amie
Mais au fond de moi
Tu resteras
Car tu es le premier amour
Celui ? qui on pense chaque jour
Accepter tout
Une vie de b?te, une b?te vie
Un monde fou, un fou au monde
Crie sa peur, la peur lui crie
D'accepter simplement tout
Les b?tes, le monde, la vie
Et les fous.
A la source des ?toiles
Donnez mon pain
Aux pauvres gens
Donnez mes po?mes aux enfants
Aux condamn?s
Ma libert?
Aux amis
Mes esp?rances
Donnez mes armes
Aux opprim?s
Donnez ma piti?
Aux bourreaux
Aux oiseaux
Mes r?ves fous
Aux fleurs
Mes larmes pour ros?e
Donnez donnez
Donnez mon nom
Donnez mon sang
Mon avenir
Laissez-moi seulement boire
? la source des ?toiles.
Ahmed Azeggah (Alger, 1966)
Ange plein de gaiet?, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu'on froisse ?
Ange plein de gaiet?, connaissez-vous l'angoisse ?
Ange plein de bont?, connaissez-vous la haine,
Les poings crisp?s dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facult?s se fait le capitaine ?
Ange plein de bont?, connaissez-vous la haine ?
Ange plein de sant?, connaissez-vous les Fi?vres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exil?s, s'en vont d'un pied tra?nard,
Cherchant le soleil rare et remuant les l?vres ?
Ange plein de sant?, connaissez-vous les Fi?vres ?
Ange plein de beaut?, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secr?te horreur du d?vouement
Dans des yeux o? longtemps burent nos yeux avides ?
Ange plein de beaut?, connaissez-vous les rides ?
Ange plein de bonheur, de joie et de lumi?res,
David mourant aurait demand? la sant?
Aux ?manations de ton corps enchant? ;
Mais de toi je n'implore, ange, que tes pri?res,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumi?res !
de Charles BAUDELAIRE
Recueil : Les fleurs du mal
L'injustice
La justice s'est envol?e,
Ne reste que sa soeur d?test?e.
Injuste, c'est son nom,
Injustice nous l'appelons.
Y a-t-il justice en ce monde,
Ou tout y est immonde ?
Si oui, alors pourquoi tous ces enfants affam?s ?
Pourquoi ces gens qui n'ont rien ? manger ?
Pourquoi, cette terre, nous ne cessons de l'abimer,
Alors qu'il faut la sauver ?
Pourquoi tous ces animaux en danger vont mourir,
L?cher leur dernier soupir ?
Pourquoi tout cela,
Si la Justice est l? ?
Alors, avant de mourir,
Il faut tenter d'agir.