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malgr? les prix ?lev?s et la qualit? douteuse des v?tements
Rush nocturne sur les bazars de l’A?d
Cette occupation ill?gale des espaces r?serv?s aux pi?tons engendre des embouteillages monstres sur la chauss?e que sont oblig?s d’emprunter les promeneurs. Dans ce brouhaha indescriptible, le commerce est florissant.
Sit?t le f’tour aval?, des commer?ants occasionnels investissent les trottoirs qu’ils transforment en espaces de vente de produits vestimentaires ? la qualit? douteuse.
Des enfants qui supplient leurs parents. Des parents qui s’emportent car ils n’ont pas les moyens pour des achats on?reux. Des commer?ants qui vantent ? tue-t?te la “qualit?” et les prix “abordables” dont ils jurent vouloir “faire profiter les croyants” en ce mois sacr? du Ramadhan.
? Bab El-Oued, dont la moindre parcelle de trottoir est occup?e par des jeunes qui estiment qu’il vaut mieux, pour eux et pour la soci?t?, qu’ils s’adonnent au commerce informel que de se lancer dans le vol et le trafic de drogue. Les rideaux baiss?s des magasins qui ne sont ouverts que le jour sont utilis?s, le soir venu, comme pr?sentoir par ces commer?ants occasionnels. Cette occupation ill?gale des espaces r?serv?s aux pi?tons engendre des embouteillages monstres sur la chauss?e que sont oblig?s d’emprunter les promeneurs. Dans ce brouhaha indescriptible, le commerce est florissant : les vendeurs et les acheteurs arrivent ? s’entendre et ? r?aliser des transactions.
En cette veille d’A?d-el-Fitr, ce sont surtout les habits et les chaussures qui ont la cote. Sur les ?tals de fortune, des produits import?s de tous les pays du monde sont expos?s.
Des ensembles pour filles, des pantalons et des vestes pour gar?ons sont accroch?s de telle sorte ? attirer l’attention. “Maman, je veux cet ensemble ! Il me pla?t et je voudrais le porter le jour de l’A?d !”, supplie une fillette. Cette derni?re s’approche de l’?tal et palpe l’?toffe qu’elle trouve de pi?tre qualit? : “mais tu oublies que tu es allergique ? certains textiles non naturels”. La fillette se met alors ? pleurer, mais cela ne change en rien l’attitude de la m?re. “J’aime ma fille, mais comme elle est allergique, je ne peux acc?der ? tous ses caprices. Je pr?f?re supporter ses larmes que d’?tre oblig?e ensuite de la transporter ? l’h?pital”, explique cette femme qui regrette les ann?es Sonitex o? la qualit? des tissus ?tait de loin meilleure. “Le plus souvent, les marchandises import?es ne sont pas contr?l?es et cela peut avoir des effets n?fastes sur la sant? des enfants”, ajoute la m?me cliente. Pourtant, m?me si la qualit? des v?tements laisse ? d?sirer, les prix auxquels ils sont propos?s d?passent tout entendement, selon les acheteurs. “Comment voulez-vous que je puisse habiller mes enfants, alors que les prix sont inabordables ? Le Ramadhan et la rentr?e scolaire viennent de nous ruiner, et voil? que l’A?d pointe du nez. Je ne sais vraiment pas comment faire pour acheter des habits ? mes 5 enfants tous scolaris?s !”, se plaint un quinquag?naire rencontr? sous les arcades de la rue Boubella, ? Bab El-Oued. Les prix affich?s donnent, en effet, le tournis.
Le moindre ensemble pour fillettes n’est pas c?d? ? moins de 1 500 dinars. Les prix des pantalons pour gar?onnet vont de 800 ? 1 700 dinars, selon la taille. Les vestes pour gar?on co?tent ? peu pr?s 1 600 dinars. Les robes ne sont pas en reste car elles sont propos?es en moyenne ? 1 200 dinars. Les sous-v?tements pour les enfants ont connu une v?ritable hausse cette ann?e, selon les acheteurs.
Les ?tals improvis?s sur les trottoirs et les magasins proposent des habits import?s souvent de Chine, sinon de Syrie ou de Turquie. Impossible de d?nicher la moindre trace de v?tement de fabrication alg?rienne. “Regardez, tous les v?tements vendus sont import?s. Je me rappelle encore quand l’Alg?rien ?tait habill? avec des v?tements sortis de nos ateliers de confection. La qualit? ?tait de loin meilleure que cette pacotille propos?e aujourd’hui ? nos enfants”, regrette un des rares commer?ants ? ne vendre que des v?tements alg?riens, mais le choix qu’il offre est limit? : les sous-v?tements pour hommes, des chemises et des gandouras traditionnelles alg?riennes. Ce m?me commer?ant estime que cette ?conomie de bazar sanctionne l’industrie alg?rienne.
Il affirme avoir une client?le fid?le pr?te ? mettre le prix lorsqu’il s’agit de qualit?. “Regardez ce tricot de corps fabriqu? en Alg?rie. Il est 100% coton. Il co?te certes 150 dinars mais il va durer. Ceux vendus dans le march? ? 100 dinars sont en acrylique, une mati?re synth?tique qui peut m?me irriter la peau”, explique le m?me commer?ant. Les prix sont tellement chers que des parents se rabattent sur les magasins sp?cialis?s dans la friperie (commerce de v?tements d?j? utilis?s). Ces parents se rendent dans ces commerces seuls, ils ne sont pas accompagn?s de leurs enfants. Souvent c’est au p?re qu’incombe cette t?che de ramener des habits ? bon prix, mais pas neufs. “Je ne peux acheter des v?tements neufs ? mes enfants d’autant que j’en ai 6. Ici, je peux habiller mes enfants et ? moindre co?t. ?videmment, je ne leur dirai pas d’o? proviennent leurs habits de l’A?d”, affirme un p?re de famille au revenu modeste.
Le propri?taire de cette friperie estime que les v?tements qu’il vend sont de bonne qualit? car d’origine allemande : “Ils sont contr?l?s et sont parfois comme neufs car port?s juste une ou deus fois.”
Cette rentr?e est particuli?re, car elle a co?ncid? avec trois ?v?nements majeurs (rentr?e scolaire, Ramadhan et A?d). Les parents n’arrivent que difficilement ? joindre les deux bouts.
Djafar Amrane
Source: Liberte